Publié dans Interview, Le Mag

Valérie Truong

Article à retrouver dans le Mag MAGAPART N°1

Persuadée que l’acupuncture pouvait être bénéfique aux sportifs, Valérie s’est lancée dans le milieu très exigeant du sport de haut niveau, et le peu que l’on puisse dire, c’est qu’elle obtient des résultats significatifs. Valérie officie à Montréal, et travaille depuis 5 ans avec les Canadiennes de Montréal (équipe féminine de Hockey sur glace) mais aussi avec les Royals (Equipe d’Ultimate frisbee). Comme évoqué ci-dessus, elle travaille également avec Lysanne Rrichard, et l’a aidée lors de sa période d’arrêt. Valérie a gentiment accepté de répondre à toutes nos questions, où elle nous explique ce que l’acupuncture peut apporter à un athlète de haut niveau, et l’importance de prendre soin de son corps.

Propos recueillis le 10/01/2019

Avec quels types d’athlètes travaillez-vous ? 

En clinique, il y a des athlètes de différents sports qui viennent me consulter mais aussi des artistes comme des danseurs. Sur le terrain, où j’aide les sportifs en jour de match, nous suivons depuis 2014 l’équipe féminine de hockeys des Canadiennes de Montréal. Elles jouent au plus haut niveau national, sachant que le hockey sur glace est le sport phare ici au Canada.  Ensuite l’équipe masculine professionnelle de « Ultimate Frisbee » de Montréal, les Royals, nous a contacté pour travailler avec eux. L’hiver nous travaillons avec les Canadiennes et en printemps/été, avec les Royals de Montréal. En parallèle de çà, nous avons ouvert d’autres portes, avec une athlète en plongeon de haut vol (Lysanne Richard ndlr) qui évolue dans le circuit Red Bull Cliff Diving. Nous aidons également des artistes. On travaille avec un groupe de danseurs contemporains notamment. Hors terrain, ma clientèle privée se compose de personnes qui font du crossfit, du football américain, etc.

Qu’est ce que vous travaillez avec ces athlètes ?

Sur le terrain on arrive 3h avant le match. On a le nom des athlètes qui ont besoin de nous voir, la veille, pour établir un horaire. En clinique, une intervention va durer une heure alors que sur le terrain cela va durer 15 minutes. On est vraiment là pour optimiser au niveau de la biomécanique, au niveau articulaire, musculaire. Si l’athlète ressent des blocages ou autre gêne, on est là pour débloquer tout ça. Mais également si l’athlète a un rhume , des douleurs menstruelles, ou encore une grosse fatigue ce jour là, on fait un boost en énergie. Ensuite on va également travailler sur la concentration, en se focalisant sur des points spécifiques qui fortifient la concentration. Dans le fond il ne faut pas oublier que nous sommes là pour aider l’équipe à gagner. Et on le fait en améliorant leur état le jour du match. C’est vraiment des interventions succinctes, il faut que ce soit très efficace en peu de temps.

Est-ce qu’il vous arrive souvent de travailler avec des personnes qui sont en période de rééducation, ou période off ? 

Oui, pendant ces périodes, on va regarder quelles sont les choses à améliorer, autant d’un point de vue musculo-squelettique, qu’interne. On va les aider à se préparer pour être à leur top. On va leur donner beaucoup de recommandations, pour qu’ils soient prêts à débuter la saison comme par exemple avec Lysanne, que l’on va préparer pour le mois d’avril. Dès qu’il y a des petites limitations rencontrées durant les entraînements, on va faire en sorte de tout de suite régler le problème.

Comment arrivez-vous à régler ces problèmes, ces blessures ?

Il faut aussi regarder l’hygiène de vie, on va donner beaucoup de recommandations au niveau biomécanique, pour identifier les facteurs irritants qui gardent l’athlète dans cette douleur. Parce que je pars du principe que tout s’explique, donc quand il y a une douleur qui perdure, c’est qu’il y a une raison, c’est qu’il y a quelque chose qui la garde là, donc on fait le tour, on fait le détective pour bien analyser la situation, puis on donne des recommandations, on ajoute le traitement, puis ça débloque rapidement. Sur le terrain, c’est sur que ça ressemble à de la magie, tout d’un coup la personne bouge très bien, c’est bien, mais ce n’est pas quelques-chose qui reste à long terme. Il faut vraiment que l’athlète vienne nous voir, qu’on fasse un traitement sur la problématique, et pour avoir des résultats, il faut compter quand même 5 à 6 séances. Le chemin peut être ardu, il peut y avoir des hauts et des bas, c’est tout à fait normal, ce sont souvent des nœuds de longue date qu’on va défricher. C’est un sacré processus. Ce qui est important c’est qu’on va traiter le problème à sa source afin qu’il ne revienne pas.

Moi je mise beaucoup sur deux choses, l’importance de bien s’étirer, garder une souplesse en même temps que le renforcement musculaire. Parce que les entraînements c’est vraiment du renforcement, donc il ne faut pas oublier la partie flexibilité. Si on fait un bon équilibre entre se renforcer et garder la flexibilité, c’est gagnant à long terme. Et le second point sur lequel je mise beaucoup c’est le bain contraste (alterner eau froide/chaude sur la zone visée), j’ai remarqué que cela accélérait considérablement les résultats.

Est-ce que c’est plus facile ou difficile de travailler avec des athlètes de haut niveau que sportifs « loisirs » ?

Quand même oui, parce ce que c’est leur profession, ils ont une mission, qui est de gagner, donc il faut vraiment performer, c’est leur travail.

Est-ce que vous avez souvent des athlètes qui arrivent démoralisés par une blessure ?

Quand un athlète est blessé, où qu’il vient de se faire opérer des ligaments croisés par exemple, ou d’une grosse blessure qui l’oblige à arrêter complètement son sport, c’est la pire chose qu’on peut ressentir pour un athlète professionnel. Donc on doit leur apporter un soutien moral qui est important, on travaille sur des points utilisés en médecine orientale pour diminuer le stress, enlever l’anxiété. Si on ne le traite pas, cela peut entraîner d’autres problèmes, au niveau digestif, au niveau du sommeil, donc on va essayer d’optimiser cela, pour essayer d’avoir la récupération la plus rapide possible. Par exemple Lysanne a été arrêtée durant une année complète, et lorsque l’on s’est rencontrée elle venait à peine de recommencer ses entraînements en piscine. Donc on a vraiment été graduellement dans l’accompagnement. D’ailleurs, elle vient de finir cette saison de manière brillante en étant vice championne du monde, donc oui l’athlète peut récupérer et revenir en force si il prend le temps d’aller chercher les ressources.

Tout sportif qui arrête une carrière, 99% du temps c’est à cause de leur santé, à cause d’une blessure. On observe que ceux qui durent, qui ont de longue carrière, ce sont ceux qui ont pris soin de leur santé, que ce soit avec l’acupuncture, ou d’autres approches. L’important, c’est vraiment de prendre soin de sa santé, d’avoir une certaines hygiène, et de régler les blessures. Donc notre rôle en tant que professionnel de la santé y joue pour beaucoup sur la performance et la carrière d’un athlète.

L’aspect mental est donc important dans votre travail ?

Dans le milieu du sport la notion de mental est de plus en plus présente. 90% des performances sportives viennent du mental, c’est pour ça que pour deux joueurs du même niveau technique, on peut avoir des résultats (sportifs) bien différents. Juste pour le mental ça vaut le coup d’avoir un acupuncteur dans son équipe, mais aussi d’autres professionnels comme les préparateurs mentaux en psychologie du sport. Miser sur le mental c’est très important.

Quand le corps va, le mental suit. Il existe, c’est clair, cette connexion entre le mental et le physique. Donc il faut travailler la machine, mais également le niveau d’énergie de la personne. Faire en sorte que son métabolisme travaille mieux, que l’athlète dorme bien, que la digestion se passe bien. Notre apport en tant qu’acupuncteur il est là, c’est de faire aussi bien travailler la machine que le moteur.  Si on s’assure que le moteur va bien, le reste va avancer.

Ce que je regarde lorsqu’un patient vient me voir pour la première fois, ce sont ces trois règles d’or: Bien dormir, si on dort bien, le corps récupère chaque jour, donc la qualité du sommeil doit être optimale, ensuite bien manger, et bien éliminer, pas être constipé pour pouvoir débarrasser les toxines chaque jour. Si cela va bien la récupération va aller vite, il suffit que l’une d’entre elle aille mal pour que la machine se dérègle.

J’ai pu voir dans un de vos podcasts qu’un acupuncteur travaillait avec les Golden Warriors, cela doit vous faire une sacré pub vu les résultats de la franchise ?

Je suis contente que vous me parlez de Kil (Kil-Young Yu), qui travaille depuis 5 saisons pour les Golden State Warriors, pour 4 finales et trois titres NBA. Il travaille beaucoup à la récupération et la préparation des athlètes. Il se déplace avec l’équipe en Play-off, ça fait beaucoup de match en peu de temps, c’est très très exigeant. Un de ses « secrets », ceux sur quoi il mise, mis à part le traitement d’acupuncture, c’est le sommeil, il s’assure que les joueurs dorment bien.

Et que faites-vous justement pour travailler sur la qualité du sommeil ?

Il y a des points spécifiques qui ont un effet relaxant au niveau du cerveau, au niveau du mental. Il y a beaucoup de possibilité de points mais je peux vous en montrer un, je sais que Kil l’utilise aussi (elle montre un point entre les deux sourcils) mais il y en a aussi juste à l’arrière de l’oreille de chaque côté. De façon générale, un traitement d’acupuncture va stimuler le cerveau à produire les endorphines, autant pour diminuer l’inflammation, que pour relaxer. Les recherches montrent, que 15 minutes après une séance d’acupuncture, les niveaux d’endorphine enképhaline sont très élevés. Ce qui donne cet état de relaxation et qui permet d’enlever cet excès de stress.

Quand vous vous êtes lancée dans le sport, quel a été le retour des athlètes au début ? 

L’important si on veut être bien reçu par les athlètes, c’est de montrer des résultats. On a le métier le plus exigeant, à chaque traitement, on a une grande pression, il faut qu’on montre notre efficacité. Avec l’expérience, selon le cas, on sait comment amener un athlète d’un point A à un point B. Il faut avoir des outils et une méthode de travail très efficace.

En France, on a l’impression que l’acupuncture a du mal à se démocratiser ?

Il faut se faire connaître. C’est sans doute que les gens ne connaissent pas assez l’acupuncture. Quand on voit les résultats que l’on peut avoir en clinique sur, notamment, la récupération d’une blessure. Il faut réussir à transmettre ce savoir que l’on a en clinique sur le terrain, pour en faire bénéficier les athlètes. Personnellement ce qui m’avait mis la puce à l’oreille, c’était en regardant les Jeux Olympiques, les commentateurs disaient souvent tel athlète n’a pas pu performer à cause d’une douleur du haut du corps, du bas du corps, à cause d’un manque de focus, à cause d’une fatigue, à cause du décalage horaire. Je me suis dit que c’était des choses que l’on peut travailler, donc pourquoi pas aller sur le terrain les aider, on sort de la clinique et on va sur le terrain. C’est ma passion à moi, nous faire connaître, et petit à petit on va y arriver, les résultats sont là. Les équipes avec lesquelles nous évoluons ont des résultats.

J’ai cherché à voir de manière statistique si c’était bien réel ou juste une coïncidence. J’ai contacté mon collaborateur qui est professeur en kinésiologie à l’université du Québec à Montréal. Avec toutes les données que j’ai sur une année avec les hockeyeuses, je voulais que l’on ait un moyen de savoir si l’acupuncture améliore ou pas le nombre de buts et de passes décisives, etc. Donc on a étudié tout ça en comparant pour chaque match et chaque joueuse, les jours de match avec acupuncture et les jours de match sans acupuncture. Toutes les statistiques étaient meilleures avec acupuncture, systématiquement. La seule statistique qui évolue « négativement » est celle des pénalités/minute. Je l’interprète par le fait que les séances apportent plus d’agressivité, plus de testostérone, mais même si elles ont eu deux minutes de pénalité, elles améliorent leur performance. C’est une saison où nous avons terminé premières de saison régulière, mais nous n’avons pas remporté la coupe.

Sur les 24 matchs de saison régulière, il y a eu 21 victoires, et aucune défaite à domicile (Valérie et son équipe n’intervenaient que lors des matchs à domicile ndlr). Ça me pousse encore plus à nous faire connaître auprès d’autres sports. En France, il y a des beaux sports également dans lesquels ils misent beaucoup beaucoup d’argent sur les athlètes, et ils perdent énormément d’argent quand l’athlète ne joue pas. Je me dis qu’ils doivent investir dans l’équipe médicale. Il y a un lien direct, si tu veux sauver de l’argent, mise sur la santé de ton joueur.

Tranquillement ça va aussi arriver, c’est juste une question de rencontrer les bonnes personnes, et que l’on montre ce que l’on peut apporter à l’équipe. Mon dada actuellement, c’est de partager, de faire connaître aux autres personnes. Pour pas que chacun d’entre nous ait à réinventer la discipline. Je leur présente ma méthode de travail, que j’appelle la méthode synergie. Il y a un grand engouement et un grand intérêt, puis chacun repart dans sa région et a juste à appliquer cette méthode de travail qui a déjà fait ses preuves. Je suis très heureuse et très fière parce qu’il y a un de mes collègues qui applique cette méthode qui travaille maintenant aux Folies Bergères, pour le Freak Show de Jean Paul Gautier. Il a également travaillé pour l’humoriste Florence Foresti. Donc oui en France ça arrive plus vite qu’on ne le pense.

Auteur :

J'écris ces articles pour essayer de faire découvrir des athlètes, disciplines, événements ou facettes du sport trop peu reconnus et médiatisés à mes yeux.

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